Appelez vos salariés des salariés…

Témoignage d’un inspecteur du travail, suite à sa rencontre avec une DRH :

La DRH : – « Bonjour Monsieur l’inspecteur, je vous présente mes collaborateurs… »
– Ah, vous avez des gens extérieurs à l’entreprise, ils ne sont pas déclarés ?
– Mais non, bien sûr, ils sont salariés. Ici, dans l’entreprise, bien sûr
– Pourquoi vous les appelez collaborateurs ?
– Mais on les appelle comme ça, ce sont des collaborateurs…
– Mais, Madame, vous savez ce qui caractérise un contrat de travail, c’est un « lien de subordination
juridique permanente ». Je parle en droit. Tout salarié est « subordonné ». On ne peut à la fois, être «
collaborateur » et « subordonné ».
– Monsieur l’Inspecteur on les appelle ainsi, par respect, pour les associer…
– Madame, le mot « collaborateur » n’existe pas une seule fois dans le Code du travail, restez donc sur
un plan juridique, c’est clair : un « salarié » !
– Mais enfin monsieur l’Inspecteur, on a le droit d’appeler nos… nos collaborateurs comme on veut.
– Madame, vous faites de l’idéologie. S’il vous plait, pas avec moi.
– Comment ça ?
– C’est de l’idéologie que d’appeler un salarié « collaborateur ». Ça peut faire croire, qu’il est sur un
pied d’égalité avec vous dans son contrat mais ce n’est pas le cas. C’est parce qu’il est subordonné
qu’il a des droits. Le code du travail, c’est la contrepartie à la subordination. Supprimer la notion de
subordination, ça enlève la contrepartie. Ça fait croire que dans l’entreprise, tous ont le même «
challenge », le même « défi », sont dans le même bateau. Jusqu’à ce que le patron parte avec le bateau
et que le salarié reste amarré sur le quai au Pôle emploi, et il s’aperçoit alors qu’il n’était pas
collaborateur mais bel et bien subordonné… Le patron et le salarié n’ont pas les mêmes intérêts. L’un
cherche à vendre sa force de travail le plus cher possible, l’autre veut la lui payer le moins cher
possible.
– Là, monsieur l’inspecteur, c’est vous qui faites de l’idéologie !
– Vous croyez ? Bon alors, je propose d’arrêter tous les deux, et pour nous départager, de nous en tenir
au droit, au seul droit, donc on parle de « salariés » désormais. Uniquement.
– Bien mais c’est dommage, j’utilise « collaborateur » parce que c’est valorisant…
– C’est vous qui le dites ! Vous ne vous demandez pas pourquoi on n’a pas mis le mot
« collaborateur » en 1945-46 dans le code du travail ?
– C’est une question de génération…On n’a pas le même sens pour le même mot…
– C’est certain. « Collaborateur », c’est marqué d’infamie. On n’a donc pas la même approche.
Allez, n’en parlons plus, mais encore une fois, soyez correcte : appelez vos salariés des salariés…

Évitons la novlangue utiliser par le patronat et certain syndicats.

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